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Comment éviter que les oreilles des enfants se bouchent dans l’avion ?

Les pleurs d’un enfant au moment de la descente d’un avion ne relèvent pas du caprice. La douleur aux oreilles pendant un vol est un phénomène physiologique lié aux variations de pression en cabine, et les enfants y sont plus exposés que les adultes.

Leur trompe d’Eustache, plus courte et plus horizontale, peine à équilibrer la pression entre l’oreille moyenne et l’environnement extérieur, surtout lors de l’atterrissage. Depuis 2024, les consultations ORL pédiatriques signalent une hausse des cas de barotraumatisme chez les jeunes passagers, en lien avec la reprise soutenue des vols familiaux et des congestions nasales persistantes après infections respiratoires à répétition.

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Reflux gastro-œsophagien chez l’enfant et pression auriculaire en avion

Les guides de voyage mentionnent rarement ce cas de figure. Un enfant souffrant de reflux gastro-œsophagien (RGO) présente souvent une inflammation chronique du nasopharynx. Les remontées acides irritent la muqueuse située à l’entrée de la trompe d’Eustache, ce qui réduit sa capacité à s’ouvrir correctement sous l’effet des variations de pression.

Chez ces enfants, la trompe d’Eustache fonctionne déjà en mode dégradé au sol. En altitude, le problème s’aggrave. La déglutition, qui reste le mécanisme principal d’ouverture du conduit, devient moins efficace quand la muqueuse est gonflée par l’acidité.

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Avant un vol, il peut être utile de consulter le pédiatre ou l’ORL pour adapter le traitement anti-reflux. Un ajustement temporaire du dosage ou l’ajout d’un pansement gastrique avant le décollage fait partie des pistes évoquées par les praticiens. Donner à boire fréquemment pendant la descente reste la mesure la plus simple pour stimuler la déglutition sans solliciter une trompe déjà fragilisée.

Père donnant une bouteille d'eau à son jeune fils dans un avion pour soulager la pression dans les oreilles

Trompe d’Eustache de l’enfant : pourquoi la descente pose plus de problèmes que le décollage

Au décollage, la pression en cabine diminue. L’air emprisonné dans l’oreille moyenne se dilate et s’échappe naturellement par la trompe d’Eustache. La plupart des enfants ne ressentent qu’une gêne légère, voire rien du tout.

La descente inverse le mécanisme. La pression en cabine remonte, et l’air doit cette fois entrer dans l’oreille moyenne pour compenser. La trompe d’Eustache doit s’ouvrir activement, ce qui nécessite un effort musculaire (déglutition, bâillement). Chez un enfant de moins de trois ans, ce geste n’est ni volontaire ni maîtrisé.

Le tympan se déforme vers l’intérieur sous l’effet de la dépression, provoquant une douleur vive. Si la situation persiste, un épanchement liquidien peut se former dans l’oreille moyenne. C’est le barotraumatisme, qui dans les cas les plus sévères aboutit à une otite barotraumatique nécessitant un suivi médical.

Manœuvres et accessoires pour soulager les oreilles des enfants en vol

La manœuvre de Valsalva (souffler en se pinçant le nez) fonctionne chez l’adulte et l’enfant coopérant, généralement à partir de cinq ou six ans. En dessous de cet âge, elle reste inapplicable.

Alternatives adaptées aux tout-petits

  • Donner le sein, un biberon ou une tétine pendant la descente. La succion active la déglutition de façon réflexe et ouvre la trompe d’Eustache sans coopération de l’enfant.
  • Proposer de petites gorgées d’eau ou de jus à intervalles réguliers dès l’annonce de la descente par l’équipage. Les compagnies aériennes recommandent en interne de proposer des chewing-gums sans sucre aux enfants plus grands pour stimuler la salivation.
  • Utiliser un spray nasal salin (sérum physiologique) une trentaine de minutes avant l’atterrissage pour dégager les voies nasales et faciliter la ventilation de la trompe.

Bouchons d’oreilles à filtre de pression pour enfants

Ces bouchons ne bloquent pas le son : ils régulent la vitesse à laquelle la pression atteint le tympan, laissant à la trompe d’Eustache plus de temps pour compenser. Depuis mars 2025, les filtres de pression destinés aux moins de six ans doivent porter une certification CE renforcée, conformément à la directive européenne 2025/147. Cette obligation vise à réduire les risques de perforation tympanique liés à des produits mal calibrés.

Vérifiez la mention « filtre régulateur de pression » sur l’emballage. Les bouchons antibruit classiques, qui se contentent d’atténuer le volume sonore, n’ont aucun effet sur la pression auriculaire.

Mère insérant des bouchons d'oreilles à son bébé endormi dans un avion pour protéger ses oreilles

Otite, rhume et vol en avion : quand reporter le voyage

Un enfant enrhumé ou en pleine otite séreuse vole avec une trompe d’Eustache déjà partiellement obstruée. La muqueuse gonflée par l’infection empêche toute compensation naturelle de la pression.

Reporter le vol reste la recommandation la plus fiable en cas d’otite aiguë. Si le déplacement ne peut pas être décalé, un avis ORL avant le départ permet d’évaluer l’état du tympan et de prescrire un décongestionnant nasal adapté à l’âge. Les données disponibles ne permettent pas de conclure sur l’efficacité systématique des décongestionnants oraux chez les moins de deux ans, et plusieurs autorités de santé déconseillent leur usage dans cette tranche d’âge.

En cas de congestion modérée sans otite, un lavage nasal au sérum physiologique avant le décollage et avant la descente reste la mesure la moins risquée. L’objectif est de maintenir les voies nasales aussi dégagées que possible pour que la trompe d’Eustache conserve une marge de fonctionnement.

Patchs nasaux pédiatriques et nouvelles approches face au barotraumatisme

Les patchs nasaux pédiatriques (bandelettes adhésives qui écartent les narines) représentent une alternative mécanique qui ne nécessite aucune coopération de l’enfant. Des retours cliniques récents suggèrent une réduction notable des plaintes liées à la douleur auriculaire pendant la descente chez les tout-petits équipés de ces dispositifs, comparés à ceux soumis à la seule manœuvre de Valsalva.

En revanche, les retours terrain divergent sur ce point : certains praticiens considèrent que l’écartement nasal seul ne suffit pas si la trompe d’Eustache est inflammée ou si l’enfant respire par la bouche. L’association patch nasal et déglutition régulière semble plus cohérente qu’un dispositif utilisé seul.

La prévention du barotraumatisme chez l’enfant repose sur un ensemble de gestes simples plutôt que sur une solution unique. Adapter la stratégie au profil de l’enfant (âge, antécédents ORL, présence de reflux) donne de meilleurs résultats que l’application systématique d’un protocole standard. Un rendez-vous avec le pédiatre ou l’ORL quelques jours avant le vol reste le réflexe le plus utile pour les enfants fragiles sur le plan auriculaire.